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Le marché de Louhans à travers les siècles
On trouve une première trace des marchés en Bresse et à Louhans dès 1269, date à laquelle dAntigny de Vienne, seigneur de Sainte-Croix et de Louhans, octroie une charte de franchise à la ville. Au XIVe et XVe siècle, les marchés de Bresse se développent et animent la région. Le marché de Louhans prend sa place et après maintes évolutions à travers les siècles, celui-ci à su se maintenir jusquà notre époque et il est devenu actuellement lun des quatre ou cinq grands marchés agricole et commercial de France, ceci grâce à une agriculture toujours florissante, et la célèbre " volaille de Bresse " dont on trouve une trace de lexistance dans les archives de Bourg-en-Bresse, dès lannée 1591.
Au XVIe siècle, Louhans est la ville qui monte économiquement et devient de plus en plus active et riche (droits payés sur ses foires et marchés, profit de loctroi à partir de 1603, commerce qui se développe).
Les rentrées annuelles sont multipliées par vingt entre le début et la fin du XVIe siècle, ce qui est considérable et qui favorise la construction de la ville, surtout celle des maisons de la grande rue dont le devant des échoppes se coiffe des premières arcades.
Lartisanat se développe (objets de fer, de construction), apparaissent des marchands qui se fixent à Louhans et qui colportent dans les campagnes. On assiste au développement des marchés et foires. Les cultivateurs vendent au marché leur grain, ufs, beurre, poulets, chapons, et acquièrent déjà la renommée des porcs, des moutons et des bufs. Les uns et les autres achètent aux commerçants des toiles, des tissus, des cordes, quelques aliments quils ne produisent pas, ce qui accroît les activités des marchands et des artisans du fer et explique la réapparition du drap.
De grandes foires se développent. La plus importante est celle de la Saint-Nicolas, ensuite la foire de Pâques, et celle daoût qui se tient au Breuil. A ces dates, les échanges prennent un tout autre volume. Des marchands, venus de lextérieur, Chalon, Tournus, Seurre, Cuisery, Pont-de-Vaux, acheminent des marchandises que dordinaire on ne trouve pas à Louhans (verrerie, vaisselle, soieries et épices), quachètent les louhannais et les plus riches cultivateurs. Pour ceux-ci cest la vente du gros bétail (chevaux, bufs), blé, maïs, poulets. Louhans devient le moteur et le régulateur de léconomie régionale. La volaille de Bresse est lemblème de ce pays. Cest le produit spécifique de lhistoire et de la culture bressane, particulièrement favorisé par la culture du maïs et lexistance de sous-produits de lélevage laitier entrés dans son alimentation.
Jusquau XXe siècle (pendant les années 50 et 60) lélevage de la volaille a conservé son caractère de production complémentaire saisonnier tout en apportant un revenu non négligeable. Cétait la part de la fermière, au même titre que les ufs et le beurre quelle vendait. Elle en tirait largent destiné aux petites dépenses ménagères, ainsi que son argent de poche. Cest elle qui gérait lensemble de lélevage et qui maîtrisait les " savoir-faire ", liés à une production de qualité.
Au XVIIe siècle, malgré les difficultés de toutes sortes (guerres, épidémies) la Grande Rue voit sédifier de nouvelles maisons, dont la série relie peu à peu la partie haute à la partie basse et encadre la halle. Lessor des marchés agricoles se consolident et se pérennisent.
Au XVIIIe siècle, le développement économique se confirme. La région connaît à cette époque un essor agricole incontestable, marqué par un accroissement de la production des grains ainsi que de lélevage de bufs, de vaches, de chevaux et même de mouton, et plus encore de volailles. Les chapons, poulets et volailles de Bresse louhannaise sont réputés pour leur saveur, et donnent lieu à un commerce animé, ce qui explique le développement des marchés dans bon nombre de paroisses et même linstauration de foires. A Louhans, marchés et foires deviennent alors la " manifestation fondamentale " de la richesse et des activités de la ville et le fait économique autour duquel peu à peu tout sorganise.
On distingue dans ces rencontres trois séries assez différentes :
- les marchés ordinaires du lundi dont la fin première est de permettre aux paysans de venir sapprovisionner pour leurs besoins quotidiens (aliments, vêtements, objets divers) chez les commerçants de la ville, tout en apportant quelques produits (beurre et ufs avant tout) pour le ravitaillement des citadins.
- La petite foire qui se tient un lundi sur deux (premier et troisième lundi du mois est dont lobjectif est de vendre en plus grande quantité aux commerçants louhannais ou à dautres, les produits rentables du terroir pour le stockage à Louhans et les expéditions au-delà de la région. Ce marché est animé essentiellement par le commerce de la volaille, et à certaines dates par celui du grain.
- Quatre foires annuelles qui permettent des échanges plus importants et ou des marchands de lextérieur viennent vendre des marchandises diverses et approvisionner de ces produits les commerçants locaux, en même temps quils achètent les productions du cru. Ces relations étant primordiales, les louhannais font un effort pour améliorer la circulation. Ils interviennent afin que les chemins soient entretenus. Cest l époque de lédification des ponts (le nouveau et très beau pont de pierre sur la Seille que les allemands ont fait sauter pendant la seconde guerre mondiale, le pont de la barque et le vieux pont du Solnan qui est consolidé), cest l époque de nouvelles et belles constructions dont lHôtel de Ville dans laxe de la rue des Bordes. On étend également la surface de lHôtel-Dieu qui peut alors recevoir quarante quatre lits, on restaure léglise.
Le XIXe siècle confirme limportance du marché de Louhans. Déjà à cette époque les étrangers (dont la Suisse) sont frappés par la construction des maisons formant arcades ou galeries sur la rue principale, mais aussi et surtout par limportance des foires et des marchés hebdomadaires. Toutes les productions qui font la richesse du pays, bestiaux, céréales, volailles, beurre, ufs, produis maraîchers, se " donnent à Louhans comme un rendez-vous naturel ". Cest un centre ou viennent sapprovisionner Lyon, Dijon, Tournus, Chalon, Lons-le-Saunier, le Jura et Genève. Nous ne pouvons pas citer ici toutes les améliorations qui se sont réalisées et qui transforment lancienne petite ville. Le chemin de fer, de nouvelles habitations se sont construites dans les faubourgs et la banlieue voisine, des écoles nouvelles ainsi que des collèges de garçon et de filles. La ville a beaucoup progressé en un demi siècle et est devenue grâce à son commerce et ses marchés, la capitale de la Bresse, chef lieu darrondissement. Elle sera également le siège de la société dagriculture fondée en 1838. Cette société a pour but de propager les bonnes méthodes de culture, organiser de fréquents concours et de récompenser le succès.
La fin du XIX e siècle est le début du XXe (malgré la guerre 1914-1918 et jusquau années 1939-1940, début de la seconde guerre mondiale), furent vraiment la " belle époque " du marché de Louhans.
Le marché aux porcs, aujourdhui très réduit, était à cette époque particulièrement important. Il se tenait sur la place du château (actuellement place de la Libération) ou il attirait des professionnels, venus parfois de très loin. Nos porcelets en effet étaient très réputés. Toute la matinée cétait un vrai concert de cris et de hurlements stridents de truies et de cochons. Il y avait également le marché des veaux, place des ponts (actuellement place Guinot) ou était installé le bureau de loctroi et les bascules, le marché des bufs et des chevaux se tenaient déjà sur lactuelle place de la Charité.
Cétait la grande époque des maquignons, vêtus de la grande blouse noire, le bâton à la main, les plus riches étaient accompagnés de leurs " toucheurs " qui inspectaient les bêtes de tous côtés. Le marché des volailles a lieu à cette époque dans la grande rue des arcades. Les bressans en costumes présentent leurs volailles, de vraies " merveilles " en ce temps là, dans des cages que viennent acheter les marchands, pas encore appelés volaillers. Les dames de la ville viennent se procurer leur beurre et leurs ufs chez leur fermière attitrée dans une foule de paysanne en coiffe, de paysans en chapeaux noirs, de messieurs en canotiers et de belles dames en chapeaux enrubannés. Ce marché était le lieu de rencontre de la ville et de la campagne, un lieu de convivialité où on rencontrait des amis, ou des parents dautres villages, et où les divers patois se mêlaient. On mangeait à midi dans les auberges les spécialités du pays, on faisait ses achats chez les commerçants, on rentrait le soir quelquefois très éméché, et cest la monture qui retrouvait parfois seule le chemin de la ferme.
Dans les années 1950-1960, les marchés reprennent leur cours normal (jusquà la fin de la guerre, de nouvelles habitudes avaient été prises : marché noir, approvisionnement direct à la ferme).
La guerre enfin terminée, les agriculteurs reviennent au marché, les fermières apportent dans de grands paniers leurs ufs frais et le bon beurre odorant de baratte, moulé dans des moules de bois sculptés qui font apparaître en relief un motif bucolique. Ce marché des ufs et du beurre, très convivial, se tient place de léglise, les particuliers et les marchands font leur choix parmi cette production présentée chaque lundi par les fermières. Ce mode de vente a hélas pratiquement disparu dans les années 1970. La place de léglise est occupée actuellement par des étals de vêtements, chaussures et articles dameublement.
Le marché de la volaille se tient place de la poste et est de nouveau très animé. En 1956, soixante huit " abatteurs expéditeurs " sont dénombrés en Bresse bourguignonne. En 1957, les bressans pour défendre la renommée de leurs volailles, ont fait voté une loi dappellation dorigine contrôlée. Il sagit à ce jour de la seule appellation dorigine contrôlée au monde pour une volaille.
Les voitures à cheval disparaissent progressivement au profit de lautomobile qui fait son apparition dans les campagnes. On vient au marché en voiture, latmosphère des foires et marchés de Louhans reste toutefois très rurale et chaleureuse dans les années 1950-1960. Les jours de foire, la journée se prolonge tard dans laprès-midi, car il y a bal au " Palace " ou la jeunesse bressane aime se retrouver, et qui sait combien de mariages ont été ébauchés pendant ces rencontres ? Le cinéma également proposait des séances de films comiques ou de western américains qui faisaient la joie des jeunes paysans dont cétait peut-être la seule sortie du mois.
Vers les années 1970, lambiance change, plus de foire prolongée, plus de bal ni de cinéma. Le modernisme, la voiture, la vitesse changent tout ça. On se hâte de rentrer, on ne perd plus de temps. Le marché et les foires de Louhans demeurent néanmoins malgré une mutation importante, lagriculture cédant la place de plus en plus à dautres marchandises.
Les louhannais ont su, malgré un changement important, conserver loriginalité de ces marchés dont lattrait demeure le grand marché agricole qui se tient place de la Charité, un émerveillement pour nos visiteurs venus de très loin qui découvrent tout un assortiment de volailles vivantes, dont le prestigieux poulet de Bresse, entourés de canards, lapins, oies, caprins, moutons, petits chiens, gros animaux, vaches, bufs, cochons et quelquefois chevaux. Ce marché est devenu " un des monuments culturel et touristique " de la Bresse. Le marché agricole entraîne dans son sillage un marché de tous produits, alimentaires (place Générale de Gaulle), vestimentaire (Grande Rue, place Georges Morey, place Aristide Briand et place Saint-Jean), droguerie bazar, vaisselle, artisanat, etc (derrière léglise et place Saint-Jean).
Espérons que la volaille de Bresse, toujours très présente malgré les nouvelles méthodes de commercialisation, continuera à être encore longtemps la prestigieuse locomotive qui entraîne cette magnifique manifestation agricole et commerciale.
Bibliographie : Lucien Guillemaut, Marcel Pacaut, André Petit, Dominique Rivière.
Source : Office du Tourisme de Louhans.
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