La foire de Louhans : quel avenir ?

Août 2005 : Louhans voit ses artères chargées de touristes, de "résidents secondaires" ou définitifs (Suisses, Anglais, Hollandais...) qui ont eu le flash pour nos belles fermes à l'architecture si traditionnelle, pour la quiétude de nos soirées et l'hospitalité rurale des habitants. La ville, aux premiers abords, semble plus que jamais commerçante et les rues brûlantes dégagent une atmosphère de prospérité et de bien être (encore qu'il faut tout relativiser, n'est ce pas).
Et surtout, surtout, en ce lundi d'été, le marché du matin, la foire aux bestiaux explose de popularité, les rues ne suffisent plus à contenir la foule immense qui se bouscule pour participer à cette fabuleuse manifestation commerciale et traditionnelle. Les cafés, restaurateurs ne savent plus où donner de la tête et les tiroirs caisses chantent une douce musique aux oreilles du gérant d'établissement ravi.
Donc, tout irait bien dans le meilleur des mondes ? Pas aussi certain que cela. Le marché, par bien d'autres aspects fait un peu peine à voir. Si les marchands de poulets, les traditionnels poulets de Bresse (entre autres), sont bien là, ils sont loin d'être aussi nombreux qu'autrefois, et surtout ils sont largement dépassés en terme d'effectif par la population des photographes, touristes avides du cliché "rural" qui ira bien dans l'album des vacances. Les petits vendeurs de lapin, de poules, excédés par le fait de devenir des vestiges vivants d'un mode de vie qui va s'éteindre doucement, se font de plus en plus rares et cèdent leur place à quelques marchands de poules décoratives et autres animaux exotiques, que l'on peut compter sur les doigts de la main.
Le marché aux légumes, aux vêtements, lui, se porte mieux, même chacun sait que sa popularité est largement portée par le marché aux bêtes, par la foire aux animaux qui elle, s'étiole doucement.
Il est bien loin le temps ou tous les paysans se rencontraient dans les rues de Louhans, au cœur de notre belle Bresse bourguignonne, pour tenter de vendre leur production aux habitants de la ville venus faire leurs emplettes pour la semaine. Il est loin le temps des conversations uniquement en patois du pays, agrémentées d'un petit ballon de blanc sur un coin de zinc. Oh, cette vie là subsiste encore pourtant, mais pour combien de temps ?

Peut-on reprocher aux badauds, aux touristes, de venir se distraire ici, appareil photo sous le bras ? Non, bien sûr. Au contraire. La ville tire une grande partie de sa réputation, de son économie de cette manifestation. Il faut donc encourager la venue des Bressans et de nos voisins le lundi matin à Louhans. Simplement, on le voit bien, à très court terme, ce qui est l'essence même, l'esprit de la foire de Louhans, va disparaitre rapidement. S'il faut compter uniquement sur les marchands de chaussures et de légumes (par exemple, et avec tout le respect que j'ai pour eux) pour maintenir la vivacité, la spécificité du marché, j'ai bien peur que tout ceci ne fasse long feu.

Sauf si de nouvelles vocations se crééent soudainement chez nous Bressans, afin de produire et d'aller vendre nos quelques volailles sur le marché le lundi matin, cinq lundi par an, lorsque les congés payés nous le permettent (en se relayant dans les dates, par exemple), ou que nos chers retraités ne se mettent à la production intensive de poulets de Bresse, distillant de précieux conseils à nos nouveaux résidents d'origine Suisse ou Anglaise, alors, le marché de Louhans périclitera. Il est actuellement assis sur les derniers vestiges de son identité, qui lui permettent aujourd'hui de tirer une fantastique dernière ligne droite, un grand bouquet final avec la collaboration sans entrain des derniers acteurs de la vie rurale traditionnelle. Les producteurs de volaille professionnels, aujourd'hui, et depuis longtemps, n'ont plus besoin du marché de Louhans pour vendre leurs produits, et ont plutôt à faire en direct à quelques restaurateurs et quelques plate-formes de groupes commerciaux qui supermarchent.

Des solutions ? Peut-être que la vague actuelle de popularité de la foire aux animaux suffira à créer des vocations chez les marchands d'animaux en tous genres, comme on en voit déjà certains (volailles d'ornements, animaux de compagnie, etc...). Ceux ci en plus des personnes qui viendront encore vendre leur petite production amateur suffiront ils ? Pas sûr. En tous cas, ces vocations, il faut les faire naitre parmi les professionnels et les amateurs qui sont susceptibles de venir chaque lundi jusqu'à Louhans. A l'heure du chômage de masse, il est certain qu'il y a des tas d'idées de produits à commercialiser ici, avec une telle foule, dans l'espit de l'évènement, qui pourraient réprésenter de belles possibilités. Les idées ne manquent pas... La municipalité, si elle ne le fait pas, devrait réfléchir au renouvellement de cette manne économique. Le pari semble difficile à remporter, mais le jeu en vaut la chandelle... pour qu'enfin il y ait plus d'exposants sur la foire aux bestiaux, le lundi matin à Louhans, que de photographes. Sinon, on pourra toujours vendre des cartes postales.

08.2005

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