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Les Contes de Panurge, de Jacques Roy

Jacques Roy, l'auteur de ces contes, est né le 13 mars 1870, à Sagy, et est décédé en 1954. Il a mené une vie simple dans sa Bresse natale, dans sa ferme à la Buchaillère. "Les contes de Panurge", en patois bressan ou en français, sont parfois des histoires vieilles comme le monde, que les anciens aimaient à se raconter, avec un talent sans pareil, au cours de veillées autour de la cheminées. Jacques Roy a eut la bonne idée de les écrire, chaque semaine, depuis les années 20, dans l'Indépendant du Louhannais, alors imprimé à Louhans, et ce pendant des années. En 1949, un recueil de ces contes a été publié, à l'imprimerie Jules Faisy à Louhans. En 2004, l'Écomusée de la Bresse bourguignonne a procédé à une réédition de l'ouvrage. Ces histoires, toujours croquantes, souvent drôles, sont faites du parlé vrai des gens de la campange d'autrefois. Tantôt elles moquent les bourgeois, les suffisants, elles nous amusent, ou souvent se terminent par une morale simple et juste.

La Vuilla ap la Jeuna (patois)
La vieille et la jeune (français*)

Sus la grand route, on beau jo du mois de septembre, na vuille paysanta rentrève des champs, sa pioche sus l'épaula. Fatiguia, pleya sos le poids des ans ap des poines, alle s'en allève bachant du doûs, trainant des pis ap torgeant du thiul. Groussièrement vitia, ses cotillons répiécetés avint l'odeur de la tarra ap des harbes sauvages.
Veniant de son côté, na drouille de dix-huit ans, novallement errivia décrevis, le nez en l'air. De temps en temps alle portève à ses lèvres na cigarette, ap alle lancive on flocon de feumire. Poudria, parfemia, touta sa personne encharognive le musc a trente pais.
De tant loin qu'alle aperçut la vuille, alle fut na grimace de mépris.
Ç'la vuille manante de Marie-Françoise, qu'alle se dessit, qu'é va fallai rencontrer !
Pus, à l'idée qu'alle allève pouvoir s'en moquer, ap l'épater ave sa cigarette, alle se métut à sourire. En éprochant la vuille, tout de suite alle li tadut la main.
- Oh ! V'la la Marie-Françoise ! C'ment vat-i, Marie-Françoise ? Vos êtes toujes jeûna, toujes brâva, toujes fière ! Que si ! Que si ! Oh ! Que vous ez bonne mine ! Vous êtes fraîche, fraîche c'ment na rousa ! Ap vos ez on brâve cotillon... Oh ! Le brâve cotillon qu'es ez donc !
Ap patitati, ap patata ! La pourra vuille répondève oui, ap non, ennoya des propos de la jeune moquousa.
- Mais Séraphine, qu'alle déssit à la fin, à Paris les filles feumaent donc c'ment les magnats ?
- Mais oui, que répondut l'autra. Vouillez-vos na cigarette ?
- Non merci ! J'en ai déjà vu na de ce métin qui feumève c'ment tei.
Pus, c'ment la Séraphine, étonnia, ouvrire tous grands les œux, ap la goârge, po mieux comprendre :
- Oui, ce métin, je sus allia me pouser vé nouton feumi ; quand je me suis relevée j'en ai vu na derri moi, fraiche c'ment tei, que feumève c'ment tei, ap que chentève c'ment tei... Nouta treue a passé, al v'niot de la pouser. A r'voir Séraphine.

Sur la grande route, un beau jour du mois de septembre, une vieille paysanne rentrait des champs, sa pioche sur l'épaule. Fatiguée, elle pliait sous le poids des années et des peines, elle s'en aillait baissant du dos, tranant des pieds et tordant du cul. Grossièrement vêtue, ses habits rapiècés avaient l'odeur de la terre et des herbes sauvages.
Venant de son côté, une jeune bêcheuse de dix huit ans, nouvellement arrivée, le nez en l'air. De temps en temps elle portait à ses lèvres une cigarette, et lançait un flocon de fumée. Poudrée, parfumée, toute sa personne empestait le musc à trente pas.
D'aussi loin qu'elle aperçut la vieille, elle fit une grimace de mépris.
Cette vieille manante de Marie-Françoise, se dit elle, il fallait bien que je la rencontre !
Puis, à l'idée qu'elle allait pouvoir s'en moquer, et l'épater avec sa cigarette, elle se mit à sourire. En approchant de la vieille, tout de suite elle lui tendit la main.
- Oh, voila Marie-Françoise ! Comment ça va, Marie-Françoise ? Vous êtes toujours jeune, toujours belle, toujours de l'allure ! Mais si, mais si ! Qu'est ce que vous avez bonne mine ! Vous êtes fraîche, fraîche comme une rose ! Et que vous avez donc un belle tenue... Oh ! La belle tenue que vous portez !
Et patati, et patata ! La pauvre vieille répondait oui, et puis non, ennuyée de propos de la jeune moqueuse.
- Mais Séraphine, qu'elle dit à la fin, à Paris les filles fument donc comme les jeunes hommes ?
- Mais oui, répondit l'autre. Voulez-vous une cigarette ?
- Non merci ! J'en ai déjà vu une ce matin qui fumait comme toi.
Puis, comme Séraphine, étonnée, ouvrait tous grands ses yeux et sa gorge, pour mieux comprendre :
- Oui, ce matin, je suis allée m'asseoir vers notre tas de fumier ; quand je me suis relevée j'ai ai vu une derrière moi, fraîche comme toi, qui fumait comme toi et qui sentait comme toi... Notre treue est passée, elle venait de la poser. Au revoir Séraphine.

* La traduction du patois bressan au français n'est pas garantie absolument correcte.C'est une version élaborée d'après de maigres compétences personnelles. Toute correction, tout ajustement, sera le bienvenu.