|
D'un grand amour je t'aime, Ô mon pays de Bresse
Je t'aime pour tes champs, tes calmes horizons,
Pour ton passé fait de misère et de noblesse,
Pour tes clochers, tes belles filles, tes chansons.
O mon bon vieux pays je t'aime et je te quitte...
J'ai laissé tes maisons au fond de tes grand bois,
Où les panouilles d'or pendent au bord des toits,
Où sur l'âtre ancien embaume la marmite...
Comme l'enfant prodigue, un jour, je suis parti.
J'ai fait mon nid ailleurs, Ô ma Bresse tranquille,
Et dans le tourbillon brutal de la grand'ville
Je me suis laissé prendre et je suis englouti.
Mais je t'aime encor mieux que je t'aimais, Ô Bresse,
Car c'est toujours ainsi, et les bonheurs perdus
paraissent merveilleux lorsqu'on ne les a plus,
Mélancoliquement on y rêve sans cesse...
Ainsi les soirs d'été, penché sur mon balcon,
Ayant devant les yeux les toits noirs d'une usine,
Je rêve à des prés verts où pousse l'herbe fine,
Je vois des champs de blé, où mûrit l'épi blond...
De la rue, un vacarme assourdissant s'élève...
Et moi, j'entend lointaine une vielle au doux son
Qui nasille, touchante, un air de rigodon,
Car la Ville n'est plus et je poursuis mon rêve...
Jean Loinais, 1920
Rimes bressanes
|
|
|